Surveillance neurophysiologique en chirurgie rachidienne : 9 clés pour savoir comment la moelle est protégée au bloc opératoire

Une des plus grandes inquiétudes avant une chirurgie de la colonne vertébrale est simple à comprendre : « et si un nerf ou la moelle est endommagé pendant l’opération ? ». Le monitorage neurophysiologique peropératoire, également connu sous l’acronyme IONM en anglais, aide à surveiller la fonction de la moelle épinière, des racines nerveuses et d’autres structures neurologiques pendant que le chirurgien opère.

Ce n’est pas une garantie absolue et cela ne transforme pas une chirurgie complexe en une intervention sans risque. Sa valeur réside ailleurs : il apporte une information en temps réel pour que l’équipe puisse détecter les changements, interpréter ce qui peut se passer et agir avant qu’une altération ne devienne irréversible.

  • Le monitorage neurophysiologique peropératoire enregistre des signaux du système nerveux pendant la chirurgie.
  • Il peut surveiller les voies motrices, sensitives et les racines nerveuses par des techniques telles que les potentiels évoqués moteurs, les potentiels évoqués somatosensoriels et l’électromyographie.
  • Il est particulièrement utile dans les chirurgies à haut risque neurologique, comme les déformations, les tumeurs, les interventions thoraciques, les révisions complexes et certains abordages latéraux.
  • Il n’élimine pas le risque à 100 %, mais peut aider à détecter des problèmes à temps.
  • L’anesthésie, la pression artérielle, la température, la position du patient et la technique chirurgicale peuvent affecter les signaux.
  • Le patient doit comprendre ce que cela apporte, ce que cela n’apporte pas et dans quels cas son utilisation est la plus pertinente.

Qu’est-ce que le monitorage neurophysiologique peropératoire

Le monitorage neurophysiologique peropératoire est un ensemble de techniques qui enregistrent l’activité électrique du système nerveux durant une opération. En chirurgie rachidienne, son objectif principal est de surveiller si la moelle, les racines nerveuses ou certains nerfs fonctionnent correctement pendant l’intervention.

Pour dire simplement : avant d’entamer les étapes les plus délicates, l’équipe obtient des signaux de référence. Pendant la chirurgie, ces signaux sont comparés aux signaux initiaux. S’ils changent de façon significative, le neurophysiologiste prévient l’équipe chirurgicale et anesthésique pour investiguer la cause.

Le changement peut être dû à de nombreuses raisons : traction sur une structure nerveuse, compression, altération de la perfusion sanguine, position du patient, variations de la pression artérielle, température, anesthésie ou problème technique d’enregistrement. C’est pourquoi la surveillance ne consiste pas seulement à « regarder un écran » ; elle nécessite interprétation, communication et réponse coordonnée.

Pourquoi c’est important en chirurgie rachidienne

La colonne protège la moelle épinière et les racines nerveuses. Dans certaines opérations, ces structures sont proches du champ opératoire ou peuvent être affectées par des manœuvres de correction, la pose d’implants, une décompression, l’exérèse de tumeurs ou des abordages complexes.

La lésion neurologique grave est peu fréquente, mais peut avoir des conséquences importantes : perte de force, altération de la sensibilité, douleur neuropathique, difficultés à marcher ou, dans des cas exceptionnels, paralysie. C’est pourquoi, dans des chirurgies sélectionnées, disposer d’un outil qui signale des changements neurologiques pendant l’intervention peut être très précieux.

La surveillance aide à passer d’une chirurgie basée uniquement sur l’anatomie visible et l’imagerie à une chirurgie intégrant une information fonctionnelle. Autrement dit, on ne voit pas seulement où sont les structures, on vérifie aussi comment elles répondent.

Quelles structures sont surveillées

La structure qui préoccupe le plus dans de nombreuses chirurgies est la moelle épinière, surtout dans les opérations cervicales et thoraciques. La moelle transmet les signaux entre le cerveau et le reste du corps. Une altération significative peut affecter le mouvement ou la sensibilité.

On peut aussi surveiller les racines nerveuses, qui sont les nerfs qui sortent de la colonne vers les bras, le tronc ou les jambes. Cela peut être important dans les chirurgies lombaires, cervicales ou les abordages latéraux où les racines sont proches de la zone opérée.

Dans certains cas, on monitorise des nerfs périphériques précis, la fonction motrice de groupes musculaires ou des voies sensitives. Le choix dépend de la chirurgie, du niveau de la colonne, des symptômes préexistants et du risque neurologique attendu.

Quelles techniques sont utilisées

Potentiels évoqués moteurs

Les potentiels évoqués moteurs évaluent la voie qui conduit l’ordre du mouvement du cerveau vers les muscles. Ils sont utiles pour surveiller la fonction motrice, en particulier lorsqu’il existe un risque pour la moelle épinière. Si le signal moteur chute de façon importante, l’équipe doit écarter des causes anesthésiques, circulatoires, techniques ou chirurgicales.

Potentiels évoqués somatosensoriels

Les potentiels évoqués somatosensoriels évaluent les voies liées à la sensibilité. Ils sont généralement obtenus en stimulant des nerfs périphériques et en enregistrant la réponse le long du système nerveux. Ils sont particulièrement utiles pour détecter des modifications de la conduction sensitive.

Électromyographie spontanée et stimulée

L’électromyographie, ou EMG, enregistre l’activité musculaire liée aux racines ou aux nerfs. Elle peut aider à détecter une irritation d’une racine nerveuse ou à vérifier la proximité d’instruments ou d’implants par rapport aux structures nerveuses.

Monitorage multimodal

Dans de nombreuses chirurgies, on n’utilise pas une seule technique, mais une combinaison. C’est ce qu’on appelle le monitorage multimodal. Cela a du sens car chaque technique examine une partie différente du système nerveux. Une voie peut rester stable tandis qu’une autre change, et cette information aide à mieux interpréter la situation.

Dans quelles chirurgies c’est généralement plus important

Le monitorage neurophysiologique n’a pas la même utilité dans toutes les chirurgies. Dans des procédures mineures et à faible risque, il peut ne pas être nécessaire. En revanche, il est souvent pertinent lorsque la moelle ou les racines nerveuses sont réellement exposées à un risque.

Parmi les exemples figurent les chirurgies de déformation de la colonne, comme certaines scolioses ou cyphoses complexes ; les interventions thoraciques, car la moelle y joue un rôle très important ; les chirurgies cervicales en cas de myélopathie ou de compression médullaire ; les révisions chirurgicales, où il peut y avoir des cicatrices, une anatomie altérée ou des implants antérieurs ; et certains abordages latéraux lombaires, où le trajet se rapproche du plexus lombaire.

Il peut aussi être envisagé pour des tumeurs intramédullaires ou extramédullaires, des malformations, des traumatismes, de grandes corrections d’alignement ou des interventions prévoyant une manipulation proche de structures neurologiques critiques.

La décision ne doit pas être prise par effet de mode ni pour des raisons commerciales. Elle doit reposer sur le type de chirurgie, le niveau de la colonne, la pathologie, le risque individuel et la disponibilité d’une équipe formée.

Que se passe-t-il si un signal change

Un changement de signal ne signifie pas automatiquement qu’il y a eu une lésion irréversible. Cela signifie qu’il faut s’arrêter, interpréter et agir. La réponse dépend de la situation.

L’équipe peut d’abord vérifier s’il existe un problème technique : électrodes déplacées, interférences, modifications des paramètres d’enregistrement ou mauvaise qualité du signal. Ensuite, on examine des facteurs anesthésiques et physiologiques : pression artérielle, oxygénation, température, profondeur de l’anesthésie, relaxants musculaires ou perte de sang.

Si une cause chirurgicale est suspectée, on peut desserrer une correction, retirer ou réviser un implant, libérer une zone de pression, modifier la position du patient, irriguer, attendre la récupération du signal ou réaliser une imagerie peropératoire si disponible.

La clé est la communication. La surveillance n’est utile que si l’information parvient de manière claire et rapide à ceux qui peuvent prendre des décisions à ce moment-là.

Avantages face aux risques et limites

Avantages potentiels

Le principal avantage est de détecter des changements neurologiques pendant l’opération, quand il est encore possible d’intervenir. Elle aide aussi à orienter les décisions : poursuivre, faire une pause, modifier une manœuvre, vérifier une vis, augmenter la pression artérielle ou corriger un facteur anesthésique.

Dans les chirurgies complexes, elle peut apporter une couche supplémentaire de sécurité et une documentation fonctionnelle. De plus, elle impose une planification plus soignée entre chirurgie, anesthésie et neurophysiologie.

Limites

Elle ne détecte pas toutes les lésions possibles. Aucune technique n’est parfaite. Il peut y avoir des faux positifs, lorsque le signal change sans qu’il y ait de lésion réelle, et des faux négatifs, lorsqu’une lésion n’est pas détectée mais se manifeste cliniquement par la suite.

L’anesthésie peut altérer les signaux. C’est pourquoi, lorsqu’on utilise la surveillance, l’anesthésiste adapte souvent les médicaments pour conserver des enregistrements fiables. Influencent aussi la température corporelle, la pression artérielle, l’oxygénation, l’anémie, la position et l’état neurologique préexistant.

Risques et désagréments

Le monitorage implique généralement la pose de petits électrodes sur le cuir chevelu, les bras, les jambes ou des muscles précis. Il peut laisser de petites marques, une irritation locale ou des hématomes légers. Dans les techniques avec stimulation, des mouvements musculaires peuvent survenir pendant la chirurgie, contrôlés dans le cadre de l’anesthésie.

Les principaux risques ne proviennent pas tant de la surveillance elle-même que d’une mauvaise interprétation d’un signal, d’une communication tardive d’un changement ou d’une utilisation hors contexte. C’est pourquoi il est fondamental que le monitorage soit réalisé par du personnel formé et que l’équipe dispose d’un protocole clair de réponse.

Critères pour poser des questions avant une chirurgie

Si l’on vous a proposé une chirurgie de la colonne, vous pouvez demander si une surveillance neurophysiologique sera utilisée dans votre cas et pourquoi. La réponse devrait être concrète, pas générique.

Quelques questions utiles : quelles structures seront surveillées, quelles techniques seront utilisées, qui interprétera les signaux, comment la coordination avec l’anesthésie est organisée, que fera l’équipe en cas d’alerte et si la surveillance modifie le plan opératoire.

Il est aussi raisonnable de demander si votre chirurgie comporte un risque médullaire ou radiculaire, si des facteurs personnels augmentent ce risque et quelles autres mesures de sécurité seront prises : planification préopératoire, imagerie peropératoire, navigation, contrôle de la pression artérielle, prévention des saignements et examen neurologique postopératoire.

Temps de récupération réalistes

Le monitorage neurophysiologique n’accélère pas à lui seul la récupération. Sa fonction principale se situe au bloc opératoire. La récupération dépendra de la chirurgie réalisée, du nombre de niveaux traités, de l’âge, de l’état physique préalable, de l’existence d’un déficit neurologique avant l’opération et du fait qu’il s’agisse d’une première opération ou d’une révision.

Après une chirurgie mineure, la mobilisation peut commencer le jour même ou le lendemain, selon l’indication médicale. Dans les chirurgies plus complexes, comme les déformations ou les révisions étendues, la récupération peut nécessiter des semaines ou des mois, avec kinésithérapie et suivi rapproché.

Si avant la chirurgie il existait une perte de force, des fourmillements ou une altération de la marche, la récupération neurologique peut être lente. Parfois l’amélioration est rapide ; d’autres fois elle prend des mois ; et dans certains cas la récupération n’est pas complète si le nerf ou la moelle ont été comprimés pendant longtemps.

Quand se rendre aux urgences après une chirurgie de la colonne

Après une chirurgie de la colonne, vous devez consulter en urgence si apparaît une nouvelle perte ou une aggravation progressive de la force, des difficultés à marcher qui s’aggravent, une perte du contrôle des urines ou des selles, une anesthésie de la zone génitale ou périnéale, une forte fièvre avec douleur dorsale intense, une douleur qui ne cède pas aux antalgiques prescrits, un écoulement abondant de liquide ou de pus par la plaie, un essoufflement ou une douleur thoracique.

Ces symptômes ne signifient pas toujours une complication grave, mais ils doivent être évalués rapidement pour exclure un hématome, une infection, une compression neurologique, une thrombose ou d’autres problèmes postopératoires.

Mythes et réalités

Mythe : s’il y a monitorage, il ne peut pas y avoir de lésion neurologique

Réalité : le monitorage réduit l’incertitude et peut aider à détecter des problèmes, mais n’élimine pas le risque à 100 %.

Mythe : il n’est utilisé que dans les chirurgies dangereuses

Réalité : il est utilisé lorsque le bilan entre risque, complexité et utilité le justifie. Cela ne signifie pas que la chirurgie va mal se dérouler.

Mythe : la machine décide à la place du chirurgien

Réalité : la surveillance informe. Les décisions sont prises par l’équipe chirurgicale et l’anesthésiste en fonction du contexte complet.

Mythe : si un signal change, le dommage est déjà fait

Réalité : de nombreuses alertes sont réversibles si elles sont identifiées et corrigées à temps.

Mythe : toutes les chirurgies de la colonne devraient avoir un monitorage

Réalité : ce n’est pas toujours utile. Dans les interventions à faible risque, il peut ne pas être nécessaire.

Questions fréquentes

Qu’est-ce exactement que le monitorage neurophysiologique peropératoire ?

C’est un ensemble de techniques qui enregistrent des signaux du système nerveux pendant une chirurgie. En chirurgie rachidienne, il aide à surveiller la moelle, les racines nerveuses et certaines voies motrices ou sensitives pendant l’intervention.

Est-ce que le monitorage fait mal ?

Vous ne devriez pas ressentir de douleur pendant la chirurgie car elle se déroule sous anesthésie. Après, il peut rester de petites marques ou des gênes légères aux endroits où les électrodes ont été posées.

Permet-il d’éviter une paralysie ?

Il peut aider à détecter des changements qui pourraient précéder une lésion neurologique et permettre une réponse rapide. Mais il ne garantit pas qu’une complication soit impossible.

Est-il utilisé dans toutes les chirurgies de la colonne ?

Non. Il est principalement utilisé lorsque existe un risque significatif pour la moelle ou les nerfs, comme dans les déformations, les interventions thoraciques, les révisions complexes, les tumeurs, la myélopathie ou certains abordages latéraux.

Que se passe-t-il si les signaux disparaissent pendant l’opération ?

L’équipe vérifie les causes techniques, anesthésiques, circulatoires et chirurgicales. Elle peut modifier la position, ajuster la pression artérielle, vérifier les implants, suspendre une manœuvre ou changer le plan si nécessaire.

L’anesthésie affecte-t-elle le monitorage ?

Oui. Certains médicaments peuvent modifier les signaux. C’est pourquoi l’anesthésie et la neurophysiologie doivent se coordonner pour obtenir des enregistrements fiables.

Qui regarde les signaux ?

Normalement, des personnes spécialisées en neurophysiologie peropératoire les enregistrent et les interprètent, en communication avec le chirurgien et l’anesthésiste.

La surveillance remplace-t-elle l’expérience du chirurgien ?

Non. C’est un outil d’aide. La sécurité dépend d’une indication correcte, d’une planification, de la technique chirurgicale, de l’anesthésie, de la communication et du suivi postopératoire.

Peut-il y avoir de fausses alertes ?

Oui. Un signal peut changer pour des raisons d’anesthésie, de température, de pression artérielle, d’électrodes ou d’interférences. C’est pourquoi l’interprétation doit être prudente.

Que dois-je demander avant de me faire opérer ?

Demandez si votre chirurgie présente un risque neurologique, si un monitorage sera utilisé, quelles voies seront surveillées, qui interprétera les signaux et comment l’équipe réagira en cas d’alerte.

Glossaire

  • Monitorage neurophysiologique peropératoire : enregistrement de la fonction du système nerveux pendant une chirurgie.
  • IONM : acronyme anglais de intraoperative neurophysiological monitoring.
  • Potentiels évoqués moteurs : technique qui évalue la voie motrice du cerveau jusqu’aux muscles.
  • Potentiels évoqués somatosensoriels : technique qui évalue les voies sensitives.
  • Électromyographie : enregistrement de l’activité électrique musculaire liée aux nerfs ou aux racines.
  • Racine nerveuse : structure qui sort de la moelle ou du sac dural vers les bras, le tronc ou les jambes.
  • Moelle épinière : voie principale de communication entre le cerveau et le corps.
  • Alerte peropératoire : changement significatif d’un signal qui oblige l’équipe à revoir la situation.
  • Monitorage multimodal : combinaison de plusieurs techniques neurophysiologiques au cours d’une même chirurgie.

Références

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Ce contenu est éducatif et ne remplace pas l’évaluation individuelle par des professionnels de santé. Les décisions concernant la chirurgie, l’anesthésie et le monitorage doivent être adaptées à chaque patient, à chaque pathologie et au type spécifique d’intervention.