La syringomyélie est une cavité remplie de liquide à l’intérieur de la moelle épinière. Parfois elle est découverte par hasard lors d’une IRM et ne provoque pas de symptômes importants. D’autres fois elle peut être liée à des douleurs, une perte de sensibilité, une faiblesse ou des troubles de la marche. L’essentiel est d’évaluer les symptômes, l’examen neurologique, la cause probable et l’évolution sur les images.
- La syringomyélie n’est pas une tumeur : elle décrit généralement une cavité ou une « siringe » au sein de la moelle épinière.
- Elle peut être associée à une malformation de Chiari, des traumatismes, des tumeurs, une arcanhoïdite, une moelle ancrée ou une chirurgie antérieure.
- L’imagerie par résonance magnétique est l’examen principal pour la visualiser et suivre son évolution.
- Tous les cas ne nécessitent pas une intervention chirurgicale ; certains seulement une surveillance.
- La chirurgie est envisagée surtout en cas de symptômes progressifs, d’augmentation de la siringe ou d’une cause corrigeable.
- Une faiblesse progressive, des problèmes de marche ou des changements de la vessie ou des intestins nécessitent une évaluation urgente.
Qu’est‑ce que la syringomyélie
La syringomyélie désigne la présence d’une cavité remplie de liquide à l’intérieur de la moelle épinière. Cette cavité est appelée siringe ou, en anglais médical, syrinx. La moelle épinière est une structure nerveuse essentielle : elle transmet l’information entre le cerveau et le corps, participe à la force, à la sensibilité, aux réflexes, à la coordination et assure en partie le contrôle de la vessie et des intestins.
Quand une siringe est petite et stable, elle peut ne pas produire de symptômes. Dans d’autres cas, si elle augmente de taille ou affecte des voies nerveuses spécifiques, elle peut provoquer douleur, perte de sensibilité, faiblesse, raideur, troubles de la marche ou problèmes de coordination. C’est pourquoi l’important n’est pas seulement qu’apparaisse le terme « syringomyélie » sur une IRM, mais d’interpréter la découverte dans son contexte clinique.
Les questions clés sont : y a‑t‑il des symptômes compatibles ? la siringe grossit‑elle ? y a‑t‑il une malformation de Chiari ou une autre cause ? existe‑t‑il une atteinte neurologique à l’examen ? y a‑t‑il des changements aux contrôles successifs ?
Une des causes les plus connues est la malformation de Chiari de type I, dans laquelle une partie du cervelet descend vers la jonction entre le crâne et la colonne cervicale. Cela peut altérer la circulation du liquide cérébro‑spinal, le liquide qui entoure et protège le cerveau et la moelle. La syringomyélie peut aussi apparaître après des traumatismes médullaires, des tumeurs, des infections, une aranoïdite, une moelle ancrée ou des interventions chirurgicales antérieures. Chez certaines personnes, aucune cause claire n’est identifiée.
Les 9 signes à connaître
1. Perte de sensibilité à la chaleur ou à la douleur
Un signe classique est une moindre perception de la température ou de la douleur, surtout aux mains, aux bras, aux épaules ou dans le haut du dos. Certaines personnes se brûlent ou se coupent sans s’en rendre compte avant un certain temps. Ce signe n’apparaît pas toujours, mais lorsqu’il est présent il oriente fortement car la siringe peut affecter des voies sensitives à l’intérieur de la moelle.
2. Douleur neuropathique
La douleur neuropathique se ressent généralement comme une brûlure, une décharge électrique, des picotements, un fourmillement intense ou une douleur difficile à décrire. Elle peut toucher la nuque, le dos, les bras, le tronc ou les jambes, selon la zone de la moelle impliquée. Toutes les douleurs dorsales ne sont pas liées à la syringomyélie, mais une douleur étrange, persistante et accompagnée de signes neurologiques mérite une exploration.
3. Faiblesse ou perte de masse musculaire
La syringomyélie peut affecter des voies motrices ou des neurones contrôlant des muscles précis. On peut noter une perte de force dans les mains, des difficultés à ouvrir des bocaux, des objets qui tombent, de la maladresse en écrivant ou une fonte musculaire. La faiblesse progressive doit toujours être évaluée en priorité.
4. Raideur ou spasticité
Certaines personnes décrivent des jambes raides, une sensation de tension, de la maladresse à la marche ou des difficultés à bouger avec fluidité. Cela peut indiquer une atteinte des voies longues de la moelle. La spasticité n’est pas une simple contracture : c’est une augmentation anormale du tonus musculaire liée à une altération neurologique.
5. Problèmes d’équilibre ou de marche
Tituber plus souvent, marcher de manière hésitante ou devoir beaucoup regarder le sol peut avoir de nombreuses causes. Si cela s’accompagne de modifications sensitives, de faiblesse, de raideur ou d’une siringe visible en IRM, il convient d’évaluer de manière organisée.
6. Céphalée liée à la toux ou à l’effort
En cas de malformation de Chiari, certaines personnes ressentent une douleur dans la région occipitale ou cervicale qui s’aggrave en toussant, en riant, en éternuant ou en faisant un effort. Toutes les céphalées augmentant à l’effort ne signifient pas Chiari, mais c’est un indice utile lorsqu’il apparaît avec une syringomyélie.
7. Scoliose ou changements posturaux
Chez l’enfant et l’adolescent, une siringe peut être découverte lors de l’étude d’une scoliose. Chez l’adulte, les changements posturaux ont souvent de multiples causes, mais s’il existe des signes neurologiques ou une cavité intramédullaire visible en IRM, une évaluation spécialisée est recommandée.
8. Modifications de la vessie, des intestins ou de la fonction sexuelle
Ce ne sont pas toujours les premiers symptômes, mais ils peuvent apparaître si l’atteinte médullaire est significative. Une nouvelle difficulté à uriner, une incontinence, une perte du contrôle intestinal ou des modifications neurologiques dans la région génitale changent la priorité clinique.
9. Symptômes qui progressent
L’évolution est très importante. Une siringe stable pendant des années n’est pas interprétée de la même façon qu’une cavité qui augmente de taille ou des symptômes qui s’aggravent mois après mois. La progression clinique ou radiologique est une des raisons d’accélérer les investigations et de reconsidérer le traitement.
Symptômes et indications
La syringomyélie peut entraîner des symptômes très variés car la moelle épinière contient de nombreuses voies nerveuses dans un espace réduit. En région cervicale, elle peut affecter les mains, les bras, les épaules, la marche et l’équilibre. En région thoracique, elle peut provoquer des douleurs en ceinture, des altérations sensitives du tronc ou une raideur des jambes. En région lombaire basse, on parle moins souvent de syringomyélie pure, car la moelle se termine approximativement dans la partie haute de la colonne lombaire, bien qu’il puisse exister des problèmes liés au cône médullaire ou à une moelle ancrée.
Il faut suspecter davantage la syringomyélie si une combinaison de douleur neuropathique, perte de sensibilité à la chaleur ou à la douleur, faiblesse, raideur, trouble de la marche ou antécédents de Chiari, traumatisme médullaire, tumeur, infection, méningite, chirurgie antérieure ou malformation congénitale est présente.
En revanche, une siringe petite découverte par hasard chez une personne asymptomatique peut nécessiter une observation plutôt que des décisions hâtives. En pathologie rachidienne, opérer une image sans corrélation clinique peut exposer le patient à des risques inutiles. C’est pourquoi on évalue toujours l’ensemble : symptômes, examen, IRM et évolution.
Diagnostic
Histoire clinique
Le diagnostic commence par l’écoute du tableau symptomatique : date d’apparition, progression, zones atteintes, présence de céphalées liées à la toux, antécédents de traumatismes, infections, interventions chirurgicales, scoliose ou modifications de la vessie et des intestins. On recherche aussi les antécédents familiaux, les maladies neurologiques et les traitements antérieurs.
Examen neurologique
L’examen évalue la force, les réflexes, la sensibilité, la coordination, la marche, le tonus musculaire et les signes d’atteinte médullaire. Cette partie est importante car une IRM peut montrer une siringe, mais l’examen aide à décider si la découverte a un impact fonctionnel.
Imagerie par résonance magnétique
L’IRM est l’examen principal. Elle permet de visualiser la siringe, son étendue, son diamètre, sa relation avec la moelle et les causes possibles. Dans de nombreux cas on étudie la jonction crânio‑cervicale pour rechercher une malformation de Chiari. Selon les symptômes, il peut être nécessaire d’examiner toute la colonne.
IRM avec contraste et examens complémentaires
Si l’on suspecte une tumeur, une inflammation, une infection ou une lésion intramédullaire, une IRM avec contraste peut être indiquée. Dans des cas sélectionnés, on peut demander des études du flux du liquide céphalo‑rachidien, un scanner, des examens de neurophysiologie ou une évaluation urologique. Ces tests ne sont pas automatiques : ils sont prescrits s’ils aident à clarifier la cause ou à modifier le traitement.
Alternatives non chirurgicales et chirurgicales
Observation et suivi
Si la siringe est petite, stable et peu symptomatique, une surveillance clinique et des IRM périodiques peuvent être recommandées. L’intervalle dépend du cas. Surveiller ne signifie pas ignorer le problème, mais le suivre sans prendre de risques inutiles.
Contrôle des symptômes et rééducation
La douleur neuropathique peut nécessiter une médication spécifique, de la physiothérapie adaptée, une éducation à la douleur et des stratégies d’activité progressive. La rééducation vise à maintenir la mobilité, la force, l’équilibre et la fonction. En cas d’atteinte médullaire, il convient d’éviter les manipulations agressives du cou ou du dos jusqu’à une évaluation claire.
Traiter la cause
Lorsque la syringomyélie est associée à Chiari, l’objectif chirurgical est souvent de restaurer le flux normal du liquide cérébro‑spinal à la jonction crânio‑cervicale. Si elle est liée à une tumeur, une aranoïdite, une moelle ancrée ou une obstruction spécifique, le traitement diffère. On ne traite pas « la siringe » de la même manière chez tous les patients : on traite la cause lorsque celle‑ci est identifiable et cliniquement pertinente.
Drainage de la siringe
Dans certains cas sélectionnés, on envisage de dériver ou drainer la siringe. Toutefois, ce n’est généralement pas l’option première si une cause peut être corrigée. Les systèmes de dérivation peuvent s’obstruer, s’infecter ou léser le tissu nerveux, raison pour laquelle ils sont réservés à des situations particulières.
Bénéfices, risques et effets indésirables
Le bénéfice du traitement d’une syringomyélie progressive est de tenter de freiner le dommage médullaire, réduire la pression sur les voies nerveuses et améliorer ou stabiliser les symptômes. Dans les cas associés à Chiari, la décompression peut améliorer le flux du liquide cérébro‑spinal et favoriser la diminution de la siringe avec le temps.
Les risques dépendent de l’intervention. Une décompression de la fosse postérieure peut comporter des risques d’infection, de saignement, de fuite de liquide cérébro‑spinal, de douleurs cervicales, de pseudomeningocèle, de complications anesthésiques ou de besoin de réintervention. Une dérivation de la siringe ajoute des risques d’obstruction, de déplacement, d’infection ou de lésion médullaire.
C’est pourquoi, en l’absence de progression ou de symptômes importants, la surveillance peut être plus sûre que l’opération. La décision doit être individualisée et fondée sur les symptômes, l’examen, les images et des attentes réalistes.
Critères pour une orientation spécialisée
Il est pertinent d’orienter vers la neurologie ou la neurochirurgie si l’IRM décrit une syringomyélie, une siringe, une cavité intramédullaire ou une hydromélie et qu’il existe des symptômes neurologiques. Également si la personne présente une malformation de Chiari, une scoliose inexpliquée, une perte de la sensibilité à la douleur ou à la température, une faiblesse, une raideur progressive, une douleur neuropathique persistante ou des modifications de la marche.
L’orientation doit être prioritaire si les symptômes progressent, si la siringe augmente lors des contrôles, si une faiblesse objective apparaît ou s’il existe des signes d’atteinte de la vessie ou des intestins. Dans ces cas, il n’est pas recommandé de se limiter à attendre sans plan clair.
Délais de récupération réalistes
Si la prise en charge est une simple observation, il n’y a pas de « récupération » liée à une intervention : l’objectif est de contrôler les symptômes, maintenir la fonction et vérifier la stabilité. Si l’on opère une cause telle que Chiari, la durée d’hospitalisation et la récupération dépendent de la technique, de l’âge, de l’état général et des symptômes préalables.
L’amélioration des céphalées ou de certains symptômes peut survenir avant la récupération de la force ou de la sensibilité. La moelle se récupère lentement. Certaines améliorations peuvent apparaître en quelques semaines, mais d’autres se jugent sur plusieurs mois. Si un symptôme existe depuis longtemps ou qu’il y a un dommage médullaire établi, il peut ne pas disparaître complètement.
C’est pourquoi les attentes doivent être réalistes : beaucoup d’interventions visent à freiner la détérioration et protéger la fonction neurologique, et non à garantir une normalité immédiate.
Quand se rendre aux urgences
Consultez les urgences si apparaît une nouvelle faiblesse ou une faiblesse progressive des bras ou des jambes, une difficulté à marcher, des chutes répétées, une perte du contrôle de la vessie ou des selles, une anesthésie dans la zone génitale ou anale, une douleur cervicale ou dorsale intense accompagnée de fièvre, ou une aggravation neurologique rapide.
Un examen urgent est également nécessaire en cas d’aggravation après une chirurgie, de fièvre, d’écoulement de liquide par la plaie, d’un mal de tête intense en se mettant debout ou d’une détérioration neurologique nouvelle.
Mythes et réalités
Mythe : « Une siringe est une tumeur »
Réalité : non. Une siringe est une cavité remplie de liquide au sein de la moelle. Parfois elle peut être causée par une tumeur, mais ce ne sont pas la même chose.
Mythe : « Si elle apparaît à l’IRM, il faut opérer »
Réalité : pas toujours. De nombreux cas stables et peu symptomatiques sont surveillés.
Mythe : « Si ça ne fait pas mal, ça n’a pas d’importance »
Réalité : cela peut être important si la siringe grossit ou affecte des voies neurologiques. L’absence de douleur n’exclut pas un risque.
Mythe : « La chirurgie supprime toujours tous les symptômes »
Réalité : la chirurgie peut stabiliser ou améliorer, mais la récupération dépend de la cause, de la durée du dommage et de l’état neurologique préalable.
Questions fréquentes
La syringomyélie est‑elle grave ?
Elle peut l’être, mais pas toujours. Une siringe petite et stable peut être surveillée. Une siringe progressive ou associée à des symptômes neurologiques nécessite une évaluation spécialisée.
Peut‑on vivre avec une siringe dans la moelle ?
Oui, certaines personnes vivent des années avec une siringe stable. L’important est de connaître la cause, contrôler les symptômes et suivre l’évolution.
Quel examen confirme la syringomyélie ?
L’IRM est l’examen principal. Elle peut être complétée par un contraste ou des études de flux si l’on suspecte une cause précise.
La syringomyélie est‑elle toujours due à Chiari ?
Non. Chiari est une cause fréquente, mais elle peut aussi apparaître après des traumatismes, des tumeurs, des infections, une aranoïdite, une moelle ancrée ou sans cause évidente.
Quand opère‑t‑on ?
La chirurgie est envisagée en cas de symptômes progressifs, d’augmentation de la siringe, de Chiari symptomatique ou d’une autre cause corrigeable. La décision doit être individualisée.
La siringe disparaît‑elle après l’opération ?
Elle peut diminuer, mais ne disparaît pas toujours complètement. De plus, l’amélioration clinique ne coïncide pas nécessairement avec la réduction de la taille de la siringe.
La physiothérapie aide‑t‑elle ?
Elle peut aider à maintenir la mobilité, la force et l’équilibre, mais doit être adaptée. En cas d’atteinte médullaire, il convient d’éviter des techniques agressives sans supervision médicale.
Quels symptômes ne dois‑je pas ignorer ?
Faiblesse progressive, troubles de la marche, perte marquée de sensibilité, modifications des sphincters, douleur intense accompagnée de fièvre ou aggravation rapide nécessitent une évaluation urgente.
Glossaire
- Syringomyélie : cavité remplie de liquide à l’intérieur de la moelle épinière.
- Siringe ou syrinx : nom de cette cavité intramédullaire.
- Moelle épinière : structure nerveuse qui relie le cerveau et le corps.
- Liquide cérébro‑spinal : liquide qui entoure et protège le cerveau et la moelle.
- Chiari de type I : descente de structures cérébelleuses vers le canal cervical.
- Hydromélie : dilatation du canal central de la moelle, terme parfois utilisé de manière chevauchante.
- Aranoïdite : inflammation ou cicatrisation d’une membrane qui entoure la moelle et les racines.
- Douleur neuropathique : douleur d’origine par irritation ou lésion du système nerveux.
- Spasticité : augmentation anormale du tonus musculaire, avec raideur ou résistance au mouvement.
- Dérivation : tube ou système utilisé dans des cas sélectionnés pour drainer le liquide.
Références
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- Mayo Clinic. Syringomyelia – Diagnosis and treatment. 2024. https://www.mayoclinic.org/diseases-conditions/syringomyelia/diagnosis-treatment/drc-20354775
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- Cleveland Clinic. Syringomyelia. 2026. https://my.clevelandclinic.org/health/diseases/6126-syringomyelia
Avertissement d’éducation sanitaire : Cet article a un but informatif et ne remplace pas une évaluation médicale individuelle. Si vous présentez une perte de force, des problèmes pour marcher, des changements de sensibilité, de la fièvre, une douleur intense ou des troubles de la vessie ou des intestins, consultez un professionnel de santé.