Beaucoup de personnes découvrent qu’elles souffrent d’ostéoporose au moment où l’on commence à envisager une chirurgie de la colonne vertébrale. À ce stade, des questions légitimes apparaissent : « Mes os vont-ils se casser ? », « Les vis vont-elles tenir ? », « Ne vaut-il pas mieux éviter l’opération ? ». Cet article explique, avec des mots simples, comment la qualité de l’os influence la chirurgie de la colonne, ce que l’on peut faire pour l’améliorer et quels sont les risques et délais de récupération réalistes.
Les informations que vous allez lire sont données à titre indicatif et ne remplacent pas une évaluation individuelle par un professionnel de santé. Chaque situation nécessite une étude personnalisée.
- L’ostéoporose n’interdit pas toujours la chirurgie de la colonne, mais elle augmente le risque de complications mécaniques si elle n’est pas dépistée et traitée à temps.
- Une évaluation préopératoire de la santé osseuse (densitométrie, analyses sanguines et bilan des chutes) est aussi importante que l’IRM ou le scanner.
- Dans de nombreux cas, optimiser l’état de l’os pendant quelques semaines ou mois avant l’intervention réduit les complications et améliore la fixation des vis et des prothèses.
- Les temps de récupération sont en général un peu plus longs chez les patients ayant un os fragile, mais avec un bon programme de rééducation il est possible de retrouver une vie active.
1. Que signifie avoir des “os fragiles” lors d’une chirurgie de la colonne ?
Quand on parle “d’os fragiles”, on se réfère surtout à deux situations :
- Ostéopénie : l’os est un peu affaibli, mais ne répond pas encore aux critères de l’ostéoporose.
- Ostéoporose : perte plus marquée de masse et de qualité osseuse, avec un risque accru de fracture pour des chocs ou efforts minimes.
Au niveau de la colonne, l’ostéoporose peut entraîner :
- Des fractures vertébrales par tassement.
- Un effondrement des corps vertébraux après une chute ou parfois même sans traumatisme évident.
- Une difficulté pour l’os à “accrocher” correctement les vis, les tiges et les prothèses utilisées lors de chirurgies comme les arthrodèses ou les corrections de déformation.
C’est pourquoi, chez les personnes nécessitant une arthrodèse lombaire ou thoracolombaire, une correction de déformation ou une chirurgie de reprise, la qualité osseuse n’est plus un simple détail mais devient un élément central de la planification.
2. Quels symptômes peuvent faire penser à la fois à un problème de colonne et d’os ?
Les symptômes d’une pathologie de la colonne et ceux de l’ostéoporose peuvent se confondre. Parmi les signes fréquents :
- Dorsalgies ou lombalgies survenant après un effort minime ou une chute apparemment bénigne.
- Perte progressive de taille ou accentuation d’une cyphose dorsale (“bosse”) au fil du temps.
- Douleur axiale (dans le dos) qui s’aggrave en position debout prolongée.
- Douleur irradiant dans les jambes (sciatique, claudication neurogène) en lien avec un rétrécissement du canal rachidien ou une déformation associée.
- Antécédents de fractures du poignet, de la hanche ou de vertèbres pour des traumatismes mineurs.
Il existe aussi des signes d’alerte qui imposent une évaluation urgente, indépendamment de l’ostéoporose :
- Perte brutale de force dans les jambes ou les bras.
- Difficulté à contrôler les urines ou les selles.
- Engourdissement dans la région de l’aine ou des organes génitaux.
- Douleur intense associée à de la fièvre, un malaise général ou une perte de poids inexpliquée.
Ces derniers symptômes doivent amener à consulter immédiatement aux urgences.
3. Comment examine-t-on la colonne en cas de suspicion d’ostéoporose ?
L’étude de la colonne chez une personne présentant un os potentiellement fragile combine des examens de la structure rachidienne et de la qualité osseuse générale.
3.1. Examens d’imagerie de la colonne
- Radiographies en charge : elles permettent de voir l’alignement de la colonne et de détecter des fractures vertébrales, une cyphose ou une scoliose.
- Imagerie par résonance magnétique (IRM) : utilisée pour détecter les hernies discales, le rétrécissement du canal rachidien, la compression médullaire ou radiculaire, ainsi que les modifications de la moelle osseuse.
- Scanner (TDM) : apporte des détails fins sur l’os et aide à planifier l’implantation des vis, tiges ou autres implants.
- Études dynamiques (flexion–extension) : utiles pour évaluer l’instabilité, ce qui est particulièrement important dans le contexte d’un os affaibli.
3.2. Bilan spécifique de la santé osseuse
- Densitométrie osseuse (DXA) : mesure la densité minérale osseuse au niveau de la colonne et de la hanche et permet de classer la personne comme normale, ostéopénique ou ostéoporotique.
- Bilan sanguin : peut inclure la vitamine D, le calcium, le phosphore, la fonction rénale, thyroïdienne et parathyroïdienne et, dans certains cas, des marqueurs du remodelage osseux.
- Évaluation des chutes et de la fragilité : questions sur les chutes récentes, les difficultés à marcher, les troubles de l’équilibre ou la sarcopénie (perte de masse musculaire).
Chez un patient devant subir une chirurgie majeure de la colonne (par exemple arthrodèse thoracolombaire ou correction de déformation), de nombreuses recommandations préconisent un dépistage systématique de l’ostéoporose et son traitement avant l’intervention, chaque fois que cela est possible. L’objectif est de réduire le risque de descellement des vis, d’enfoncement des cages intersomatiques et de fractures des niveaux adjacents.
4. Options de traitement non chirurgical en cas d’os fragile
Toutes les personnes atteintes d’ostéoporose et souffrant de mal de dos n’ont pas besoin d’une opération. Dans de nombreux cas, la première étape consiste à optimiser la santé osseuse et la prise en charge conservatrice de la colonne.
4.1. Traitement de l’ostéoporose
Le traitement médicamenteux doit être individualisé, mais comprend généralement :
- Apport adéquat en calcium et vitamine D par l’alimentation et, si nécessaire, par des compléments.
- Médicaments antirésorptifs (comme les bisphosphonates ou le denosumab) qui réduisent la perte osseuse.
- Médicaments anaboliques osseux (certains stimulateurs de la formation osseuse) chez les patients à très haut risque ou présentant des déformations complexes, lorsque cela est indiqué.
L’objectif est de diminuer le risque de fracture et d’améliorer la qualité de l’os avant d’envisager, si nécessaire, une chirurgie de la colonne nécessitant de longs montages ou des implants complexes.
4.2. Exercice et rééducation
L’activité physique adaptée est un traitement clé pour l’ostéoporose comme pour de nombreuses pathologies rachidiennes :
- Programmes de renforcement musculaire et d’équilibre supervisés pour réduire le risque de chutes.
- Exercice aérobie léger (marche, vélo d’appartement, natation) adapté au niveau de douleur.
- Exercices spécifiques pour la musculature paravertébrale, les muscles fessiers et abdominaux, élaborés par un kinésithérapeute spécialisé.
En phase de douleur aiguë ou après une fracture vertébrale récente, la rééducation doit être prudente et progressive, toujours encadrée par des professionnels ayant l’expérience de l’os fragile.
5. Quand une chirurgie de la colonne reste-t-elle nécessaire en présence d’ostéoporose ?
Même après optimisation de la santé osseuse, certaines situations rendent la chirurgie de la colonne vertébrale la solution la plus raisonnable :
- Compression médullaire ou radiculaire avec déficit neurologique progressif.
- Déformations sévères empêchant de regarder droit devant soi ou de réaliser les activités de base.
- Douleurs invalidantes ne répondant pas à un traitement conservateur structuré.
- Instabilité vertébrale marquée ou échec d’une instrumentation antérieure.
Dans ces cas, le chirurgien doit adapter la technique opératoire à la qualité de l’os. Chez de nombreux patients ostéoporotiques, on privilégie des montages qui répartissent mieux les charges (par exemple arthrodèses avec davantage de points d’ancrage, vis cimentées ou prothèses conçues pour l’os fragile) plutôt que des techniques reposant sur une seule vis ou un implant isolé.
6. Principaux risques supplémentaires de la chirurgie de la colonne chez les patients ostéoporotiques
Toute chirurgie de la colonne comporte des risques, mais chez les personnes ayant des os fragiles certains d’entre eux prennent une importance particulière :
- Descellement des vis ou des implants : l’os peut ne pas fixer correctement les vis pédiculaires ou les cages intersomatiques.
- Enfoncement des implants dans les corps vertébraux : cela peut modifier l’alignement et imposer une chirurgie de reprise.
- Fractures des niveaux adjacents : lorsqu’on fixe plusieurs segments, les vertèbres situées juste au-dessus ou au-dessous peuvent se fracturer plus facilement.
- Pseudoarthrose : difficulté à obtenir une fusion solide entre les vertèbres, avec persistance de la douleur ou de l’instabilité.
Ces complications ne surviennent pas chez tous les patients, mais leur probabilité augmente lorsque la densité minérale osseuse est basse. C’est pourquoi les recommandations actuelles insistent sur la nécessité d’évaluer et de traiter l’ostéoporose avant les grandes chirurgies de déformation ou les arthrodèses longues, chaque fois que le contexte clinique le permet.
7. Comment réduire le risque ? Stratégies avant, pendant et après l’intervention
7.1. Avant la chirurgie
- Réaliser une densitométrie et une évaluation des facteurs de risque de fracture.
- Instaurer ou adapter un traitement de l’ostéoporose selon les recommandations du spécialiste.
- Agir sur les facteurs modifiables : arrêt du tabac, réduction de la consommation d’alcool, amélioration de l’état nutritionnel.
- Participer à un programme de préhabilitation (exercice supervisé, éducation à la douleur, entraînement respiratoire si une chirurgie étendue est prévue).
7.2. Pendant la chirurgie
Parmi les stratégies chirurgicales habituellement utilisées chez les patients ayant un os fragile :
- Utiliser davantage de points de fixation (par exemple plus de niveaux instrumentés) pour mieux répartir les charges.
- Choisir des implants conçus pour l’os ostéoporotique ou recourir, dans certains cas, au cimentage des vis.
- Éviter, lorsque cela est possible, de réséquer des structures osseuses qui contribuent à la stabilité s’il existe des alternatives moins agressives.
Le choix précis de la technique dépend de la pathologie (hernie discale, déformation, pseudoarthrose, fracture, “syndrome du dos opéré”) et doit être individualisé.
7.3. Après la chirurgie
- Maintenir le traitement de l’ostéoporose pendant la durée recommandée, sauf avis contraire de l’équipe médicale.
- Suivre un programme de rééducation adapté, en évitant les exercices à fort impact dans les phases précoces.
- Surveiller l’apparition de nouvelles douleurs aiguës dans le dos, de changements brusques de posture ou de perte de taille, pouvant évoquer de nouvelles fractures.
8. Délais de récupération réalistes chez les patients aux os fragiles
La récupération après une chirurgie de la colonne varie beaucoup selon le type d’intervention, l’âge, les maladies associées et l’état osseux. De façon générale :
- Pour les chirurgies moins invasives (par exemple endoscopie ou arthrodèses courtes d’un seul niveau), la marche débute en général dans les 24 à 48 premières heures.
- Le retour à un travail de bureau se situe souvent entre 4 et 8 semaines, et pour les métiers physiques entre 3 et 6 mois, selon la complexité de l’intervention.
- Pour les arthrodèses longues ou les corrections de déformation, la récupération fonctionnelle se compte en mois, et il faut parfois 6 à 12 mois pour stabiliser complètement le résultat.
Chez les personnes ostéoporotiques, l’évolution peut être un peu plus lente et nécessiter davantage de contrôles d’imagerie pour vérifier que les implants restent bien en place et qu’aucune nouvelle fracture n’apparaît. Il est important de fixer d’emblée des attentes réalistes et de discuter avec l’équipe médicale de la durée prévisible de l’arrêt de travail et des limitations temporaires raisonnables.
9. Quand aller aux urgences après une chirurgie de la colonne en cas d’ostéoporose ?
Après une chirurgie de la colonne, il faut consulter en urgence immédiatement si apparaissent :
- Perte soudaine de force dans les bras ou les jambes.
- Perte de sensibilité dans la région de l’aine ou difficultés à contrôler les sphincters.
- Douleur intense d’apparition récente associée à de la fièvre ou un malaise général.
- Douleur dorsale très aiguë et brutale, avec sensation de “craquement” ou changement brusque de posture.
- Symptômes respiratoires marqués (difficulté à respirer) après une chirurgie thoracique ou thoracolombaire.
Ces symptômes peuvent traduire des complications nécessitant une évaluation urgente, comme des hématomes, des infections, des fractures ou des problèmes neurologiques.
10. Mythes et réalités sur la chirurgie de la colonne et l’ostéoporose
Mythe 1 : « Si j’ai de l’ostéoporose, on ne peut pas m’opérer de la colonne »
Réalité : l’ostéoporose augmente le risque, mais n’interdit pas automatiquement la chirurgie. Dans beaucoup de cas, un bon traitement préalable et une planification rigoureuse permettent de l’envisager avec un niveau de sécurité raisonnable.
Mythe 2 : « Les vis se déchaussent toujours dans les os fragiles »
Réalité : le risque de descellement est plus élevé, mais il existe des techniques pour le réduire : choix des implants, cimentage dans certains cas, augmentation des points de fixation et amélioration de la qualité osseuse.
Mythe 3 : « Mieux vaut ne pas faire d’exercice si j’ai de l’ostéoporose et mal au dos »
Réalité : l’exercice adapté est l’un des meilleurs “médicaments” pour l’os et pour la colonne. L’important est qu’il soit prescrit par des professionnels et ajusté à la situation clinique.
Mythe 4 : « Les médicaments contre l’ostéoporose n’ont pas d’impact sur la chirurgie de la colonne »
Réalité : traiter l’ostéoporose peut améliorer la fixation des implants et réduire le risque de fractures et de pseudoarthrose, en particulier lors des grandes chirurgies de déformation ou des arthrodèses longues.
11. Questions fréquentes (FAQ)
Puis-je être opéré d’une arthrodèse lombaire si j’ai une ostéoporose diagnostiquée ?
Dans de nombreux cas oui, à condition que la situation soit évaluée dans son ensemble. Le spécialiste de la colonne et, si besoin, un expert du métabolisme osseux analyseront le type de chirurgie, le degré d’ostéoporose et le traitement nécessaire avant et après l’intervention. La décision ne repose pas uniquement sur la densitométrie, mais sur l’ensemble des facteurs de risque.
Combien de temps dois-je prendre un traitement pour l’ostéoporose avant une chirurgie de la colonne ?
Il n’existe pas de délai unique. Chez certains patients à haut risque, les traitements sont débutés plusieurs mois avant l’intervention et poursuivis après. Le spécialiste de l’os déterminera la durée en fonction du médicament utilisé et du risque de fracture.
Une approche mini-invasive est-elle plus sûre si j’ai de l’ostéoporose ?
Les techniques mini-invasives préservent en général mieux la musculature et les tissus mous, ce qui peut faciliter la récupération. Cependant, la sécurité dépend surtout de la bonne indication, du type de fixation et de la planification du cas, et non uniquement de la taille de l’incision.
L’arthroplastie discale lombaire ou cervicale est-elle déconseillée en cas d’ostéoporose ?
Une ostéoporose modérée ou sévère est en général considérée comme une contre-indication au remplacement d’un disque par une prothèse mobile, car elle augmente le risque d’enfoncement ou de défaillance de l’implant. Ces techniques sont donc réservées aux patients ayant un capital osseux suffisant et sans autres contre-indications majeures.
Que se passe-t-il si l’on découvre l’ostéoporose après l’opération ?
Dans ce cas, la technique chirurgicale déjà réalisée ne peut pas être modifiée, mais il est possible d’agir pour réduire le risque de nouvelles fractures ou de problèmes de fixation : instaurer un traitement de l’ostéoporose, adapter la rééducation et organiser des contrôles d’imagerie réguliers.
Puis-je reprendre le sport si j’ai une arthrodèse et de l’ostéoporose ?
Dans beaucoup de cas oui, même si ce n’est pas toujours au même niveau ni dans le même type de sport. Les activités à faible impact comme la marche, la natation ou le vélo sont souvent possibles après la phase initiale de récupération ; les sports d’impact ou avec risque de chute doivent être évalués au cas par cas avec le chirurgien et l’équipe de rééducation.
12. Glossaire de base
- Ostéoporose : maladie dans laquelle l’os perd en densité et en qualité, ce qui augmente le risque de fractures.
- Ostéopénie : état intermédiaire, avec une densité osseuse un peu réduite mais sans critères d’ostéoporose.
- Arthrodèse vertébrale (fusion) : chirurgie qui soude deux vertèbres ou plus à l’aide de vis, de tiges et de greffon osseux pour supprimer un mouvement douloureux.
- Arthroplastie discale : remplacement d’un disque intervertébral par une prothèse visant à conserver la mobilité.
- Pseudoarthrose : absence de consolidation après une fusion, avec persistance de mouvements anormaux entre les vertèbres.
- Fracture de fragilité : fracture osseuse provoquée par un traumatisme minime ou même sans souvenir de choc.
- Densitométrie (DXA) : examen qui mesure la densité minérale osseuse au niveau de la hanche et de la colonne.
- Déformation rachidienne : altération importante de l’alignement de la colonne (scoliose, cyphose, déséquilibre sagittal).
Références
- North American Spine Society. Evidence-based Clinical Guideline for the Diagnosis and Treatment of Adults with Osteoporotic Vertebral Compression Fractures. 2024. Disponible en ligne.
- Cho CH et al. Guideline summary review: diagnosis and treatment of adults with osteoporotic vertebral compression fractures. Spine Journal. 2025.
- Al-Najjar YA et al. Bone Health Optimization in Adult Spinal Deformity Patients. Journal of Clinical Medicine. 2024.
- Lechtholz-Zey EA et al. Systematic Review and Meta-analysis of the Effect of Osteoporosis on Fusion Rates and Complications Following Surgery for Degenerative Cervical Spine Pathology. 2024.
- Filley A et al. Influence of osteoporosis on mechanical complications after lumbar fusion. 2024.
- Anderson PA et al. Preoperative bone health assessment and optimization in spine surgery. Neurosurgical Focus. 2020.
Ce contenu a un but exclusivement informatif et ne remplace en aucun cas l’évaluation individuelle par des professionnels de santé qualifiés.