Le spondylolisthésis lombaire correspond au “glissement” d’une vertèbre vers l’avant par rapport à celle du dessous. Parfois, c’est une découverte fortuite sans grande conséquence, et parfois cela s’associe à une sciatique, une sténose et une limitation de la marche. La décision est rarement d’emblée “opérer ou ne pas opérer” : il s’agit le plus souvent d’une prise en charge par étapes, avec des signaux clairs indiquant quand intensifier le traitement.
- Beaucoup de spondylolisthésis peu marqués s’améliorent avec un programme conservateur bien conduit pendant plusieurs semaines.
- La chirurgie est envisagée surtout en cas de douleur de jambe par compression, de limitation persistante ou de déficit neurologique progressif.
- Dans certains cas, une simple décompression du nerf suffit ; dans d’autres, il est préférable de stabiliser (arthrodèse) s’il existe une instabilité ou une douleur mécanique dominante.
- Les délais de récupération dépendent davantage du type de chirurgie (et de votre état de départ) que du “nom” du diagnostic.
Qu’est-ce que le spondylolisthésis (et pourquoi ce n’est pas toujours “grave”)
Le spondylolisthésis survient lorsqu’une vertèbre se déplace vers l’avant par rapport à celle du dessous. Au niveau lombaire, il touche le plus souvent L4-L5 ou L5-S1. Le glissement peut être faible et stable (avec peu de symptômes), ou s’accompagner d’une compression nerveuse, de douleurs mécaniques et d’une instabilité.
Types les plus fréquents
- Dégénératif : apparaît souvent avec l’âge, lié à l’usure du disque et des articulations postérieures (facettes). Il s’accompagne fréquemment d’une sténose (rétrécissement) du canal ou du foramen par où sort le nerf.
- Isthmiques (défaut de pars ou spondylolyse) : plus typique chez les personnes actives ou avec des antécédents depuis la jeunesse. La “pars” est une zone de l’arc vertébral pouvant se fissurer par stress répété.
- Autres, plus rares : dysplasique (congénital), traumatique, pathologique (tumeur/infection) ou iatrogène (après chirurgie).
Comment mesure-t-on le “glissement”
On le classe généralement par grades selon le pourcentage de translation. Dans les grades bas (I-II), beaucoup de personnes mènent une vie normale. Dans les grades élevés, la stratégie et les risques changent, et une évaluation spécialisée est recommandée.
Symptômes et indications : quand s’inquiéter et quel profil compte
Le diagnostic à lui seul ne dicte pas le traitement. Ce qui compte, c’est l’ensemble : symptômes, examen clinique et examens complémentaires.
Symptômes fréquents
- Douleur lombaire mécanique : aggravée en station debout, en extension (se pencher en arrière) ou lors du port de charges ; soulagée en position assise ou allongée.
- Sciatique ou radiculopathie : douleur irradiant dans la fesse et la jambe, avec fourmillements, crampes ou perte de force selon la racine atteinte.
- Claudication neurogène : jambes “lourdes” ou douleur à la marche, améliorée en s’asseyant ou en se penchant vers l’avant. Cela suggère souvent une sténose associée.
Signes d’alerte prioritaires (à ne pas “surveiller”)
- Faiblesse nouvelle ou progressive d’une ou des deux jambes (par exemple, “steppage” avec pied qui tombe).
- Troubles sphinctériens (rétention urinaire, incontinence) ou anesthésie en selle (zone génitale/périnéale).
- Douleur avec fièvre, frissons ou altération de l’état général (infection possible).
- Antécédent de cancer avec douleur nocturne persistante ou perte de poids inexpliquée.
Diagnostic : quels examens sont utiles (et à quoi répond chacun)
L’objectif du bilan est de répondre à quatre questions : (1) d’où vient la douleur (nerf, disque, facettes, sacro-iliaque), (2) existe-t-il une compression neurologique, (3) y a-t-il une instabilité, et (4) existe-t-il des facteurs modifiant la stratégie (os fragile, déformation, chirurgie antérieure).
Examen clinique
- Force, réflexes et sensibilité des jambes.
- Tests de mise en tension nerveuse (par exemple, élévation de jambe tendue).
- Évaluation de la hanche et de l’articulation sacro-iliaque pour ne pas confondre les sources de douleur.
Imagerie la plus courante
- Radiographies debout : montrent le glissement en charge et permettent d’évaluer l’alignement.
- Radiographies dynamiques (flexion-extension) : aident à détecter une instabilité dans certains cas (pas tous).
- IRM : évalue les nerfs, la sténose, les disques et les tissus mous.
- Scanner : utile si l’on suspecte un défaut de pars, pour analyser l’os, ou en cas de chirurgie antérieure quand il faut un détail osseux précis.
Quand demande-t-on des examens “supplémentaires”
- Ostéodensitométrie et bilan osseux si l’on suspecte une ostéopénie/ostéoporose et que la chirurgie est envisagée.
- Blocs diagnostiques (dans des cas sélectionnés) quand on ne sait pas si la douleur vient des facettes, du sacro-iliaque ou d’une autre source.
Traitement conservateur étape par étape (ce qui aide le plus quand c’est bien fait)
En cas de spondylolisthésis léger à modéré sans déficit progressif, on commence généralement par des mesures conservatrices pendant plusieurs semaines. “Conservateur” ne signifie pas subir : cela signifie un plan actif, mesurable et ajustable.
1) Éducation et gestion des charges
- Identifier les mouvements qui déclenchent les symptômes (souvent l’extension prolongée et les charges) et apprendre à les doser sans arrêter de bouger.
- Éviter le repos prolongé : il augmente souvent la raideur et diminue la tolérance à l’effort.
2) Exercice thérapeutique et kinésithérapie
- Contrôle lombo-pelvien et gainage : améliorer la stabilité fonctionnelle.
- Fessiers et chaîne postérieure : force et endurance pour marcher et rester debout.
- Mobilité de hanche : peut parfois réduire la surcharge lombaire.
- Rééducation à la marche en cas de claudication neurogène (progression graduelle).
3) Antalgie prudente et stratégies complémentaires
Les médicaments, s’ils sont utilisés, doivent être réévalués par un professionnel (surtout en cas de comorbidités). Selon le profil, des infiltrations peuvent être proposées pour soulager une douleur radiculaire ou affiner le diagnostic. L’essentiel est que ces mesures accompagnent le plan actif, sans le remplacer.
Quand considérer que le conservateur “ne fonctionne pas”
- Douleur de jambe ou limitation de la marche qui reste importante malgré une bonne adhésion à un plan actif.
- Aggravation neurologique.
- Retentissement fonctionnel notable (travail, sommeil, autonomie) sans amélioration.
Options chirurgicales : décompression et arthrodèse (et pourquoi il n’est pas toujours nécessaire de “fixer”)
La chirurgie n’est ni une punition ni un échec : c’est un outil à envisager quand la balance bénéfices-risques est favorable. Dans le spondylolisthésis, deux grandes familles de chirurgie existent :
Option A : Décompression (libérer le nerf)
Si le problème principal est une compression nerveuse (sciatique, claudication neurogène) liée à une sténose, la décompression vise à redonner de l’espace à la racine ou au canal. Elle peut être réalisée par des techniques plus ou moins invasives selon le cas. L’objectif est d’améliorer la douleur de jambe et la capacité de marche.
Option B : Arthrodèse (stabiliser)
L’arthrodèse (fusion) solidarise deux vertèbres pour supprimer un mouvement douloureux ou instable. On la propose surtout en cas d’instabilité significative, de déformation, de douleur lombaire mécanique prédominante bien corrélée au niveau concerné, ou si une décompression large risque de laisser le segment trop “lâche”.
La grande question : décompression seule ou décompression plus arthrodèse ?
Dans le spondylolisthésis dégénératif de bas grade, des essais et revues récentes montrent que, chez des patients sélectionnés, la décompression seule peut offrir des résultats comparables (fonction et douleur) à l’ajout d’une arthrodèse, avec une chirurgie moins lourde. Cela ne veut pas dire que l’arthrodèse “ne se fait plus” : cela signifie qu’elle ne devrait pas être systématique. La décision dépend de la stabilité, du profil de douleur, de l’anatomie et des objectifs fonctionnels.
Quels éléments orientent vers l’une ou l’autre
- Plutôt en faveur d’une décompression seule : symptômes dominés par la douleur de jambe/claudication, listésis faible et stable, peu de douleur mécanique axiale, absence de déformation significative.
- Plutôt en faveur d’une stabilisation : instabilité nette sur clichés dynamiques, douleur lombaire mécanique prédominante et concordante, progression documentée, déformation, ou nécessité d’une décompression compromettant la stabilité.
Bénéfices et risques réels (sans promesse)
Bénéfices attendus
- Si la douleur de jambe prédomine : l’amélioration concerne souvent la sciatique et la marche.
- Si la douleur mécanique avec instabilité prédomine : une stabilisation bien indiquée peut améliorer la douleur et la tolérance à la station debout.
Risques et effets indésirables à connaître
- Infection, saignement, thrombose, complications anesthésiques.
- Lésion ou irritation nerveuse (transitoire ou, plus rarement, persistante).
- Fuite de liquide céphalo-rachidien par brèche durale (plus probable en reprise chirurgicale ou sténose complexe).
- En cas d’arthrodèse : pseudarthrose (absence de consolidation), défaillance du matériel, et risque de problèmes aux étages adjacents à long terme.
- Risque de réintervention : dépend du cas, de la technique, de la biologie osseuse et de l’évolution.
Quand demander une orientation et un second avis (critères pratiques)
- Douleur de jambe persistante avec signes neurologiques (fourmillements marqués, perte de force, réflexes altérés).
- Claudication neurogène limitant la marche malgré un programme conservateur structuré.
- Doute sur l’existence d’une instabilité ou sur la nécessité d’une arthrodèse.
- Antécédent de chirurgie, ostéoporose, déformation, ou atteinte de plusieurs niveaux.
- Besoin de comprendre les options avec des attentes réalistes (bénéfice probable, risques, délais, limites).
Récupération : délais réalistes (le plus fréquent, et pourquoi cela varie autant)
Les délais varient selon l’état de départ (douleur, force, condition physique), le type de chirurgie et votre activité professionnelle. Malgré tout, ces fourchettes aident souvent à se repérer :
En cas de décompression sans arthrodèse
- Marche : reprise précoce (souvent le jour même ou le lendemain).
- Activités légères à domicile : premiers jours.
- Travail sédentaire : souvent entre 2 et 6 semaines, si la douleur est contrôlée et si des pauses sont possibles.
- Efforts et port de charges : progression sur 6 à 12 semaines, selon l’évolution.
En cas d’arthrodèse (stabilisation)
- La récupération fonctionnelle se mesure généralement en mois.
- Travail sédentaire : souvent entre 6 et 12 semaines (très variable).
- Travail physique : souvent 3 à 6 mois ou plus, selon le type d’arthrodèse et votre progression.
- Consolidation osseuse : peut prendre plusieurs mois ; les habitudes (tabac), la nutrition et la santé osseuse comptent.
Idée clé : l’objectif n’est pas d’être “parfait” à une date fixe, mais de récupérer la fonction de façon progressive et sûre, en évitant les pics de charge qui déclenchent des rechutes.
Quand consulter en urgence
- Rétention urinaire, incontinence ou anesthésie de la zone génitale/périnéale.
- Faiblesse rapide ou progressive d’une ou des deux jambes.
- Forte fièvre avec lombalgie intense, ou aggravation brutale de la douleur avec altération de l’état général.
- Après chirurgie : écoulement de la plaie, rougeur importante, douleur incontrôlée, essoufflement ou douleur thoracique.
Mythes et réalités
Mythe : “Si j’ai un spondylolisthésis, je finirai forcément opéré(e)”
Réalité : beaucoup de spondylolisthésis de bas grade se prennent en charge sans chirurgie, surtout s’il n’y a pas de déficit progressif et si le plan conservateur est bien construit.
Mythe : “L’IRM décide du traitement”
Réalité : l’imagerie aide, mais la décision dépend des symptômes, de l’examen, de la fonction et de l’évolution. Certaines IRM sont “très impressionnantes” avec peu de symptômes, et l’inverse existe aussi.
Mythe : “L’arthrodèse est toujours meilleure”
Réalité : chez certains profils, ajouter une arthrodèse apporte de la stabilité et améliore les résultats ; chez d’autres, cela peut ne pas apporter de bénéfice clair tout en alourdissant la chirurgie. La sélection des patients est essentielle.
FAQ
Le spondylolisthésis fait-il toujours mal ?
Non. Il peut être découvert sur une radiographie réalisée pour une autre raison. Lorsqu’il est symptomatique, il s’agit souvent de douleur lombaire mécanique, de compression nerveuse (sciatique) ou de sténose avec limitation à la marche.
Peut-on le “corriger” avec des exercices ?
Les exercices ne remettent généralement pas la vertèbre “en place”, mais ils peuvent réduire la douleur et améliorer la fonction en augmentant la stabilité fonctionnelle, la force et la tolérance aux charges. Dans beaucoup de cas, cela suffit pour bien vivre.
Que signifie “dégénératif” ?
Cela signifie que le problème est lié à l’usure progressive des disques et des articulations avec l’âge. Il coexiste souvent avec une sténose et des symptômes à la marche, plus qu’avec une douleur aiguë après un effort unique.
Quelle différence entre spondylolyse et spondylolisthésis ?
La spondylolyse est un défaut ou une fissure de fatigue au niveau d’une partie de l’arc vertébral (pars). Elle peut exister sans glissement. Le spondylolisthésis est le glissement ; il survient parfois sur une spondylolyse préexistante (type isthmique).
Quand envisage-t-on une opération ?
Surtout en cas de douleur de jambe liée à une compression nerveuse ou de claudication neurogène ne s’améliorant pas malgré un plan conservateur bien mené, ou en cas d’apparition d’une faiblesse progressive. L’objectif chirurgical est le plus souvent de libérer le nerf et, si nécessaire, de stabiliser.
Faut-il toujours mettre des vis (arthrodèse) ?
Pas toujours. Dans le spondylolisthésis dégénératif de bas grade, certaines personnes peuvent s’améliorer avec une décompression sans arthrodèse. Pour d’autres, en cas d’instabilité ou de douleur mécanique dominante, la stabilisation est plus logique. Décision au cas par cas.
Combien de temps dure la récupération ?
Cela dépend du type de chirurgie et de votre activité. Après une décompression sans arthrodèse, beaucoup reprennent un travail sédentaire en quelques semaines. Après une arthrodèse, la récupération est généralement plus longue et se mesure en mois.
Que faire en cas de fourmillements ou de perte de force ?
Si c’est nouveau, intense ou progressif, une évaluation médicale rapide est recommandée. Si cela s’accompagne de troubles urinaires ou d’anesthésie périnéale, c’est une urgence.
Glossaire
- Spondylolisthésis
- Glissement d’une vertèbre par rapport à une autre.
- Spondylolyse (défaut de pars)
- Fissure ou défaut de fatigue d’une partie de l’arc vertébral (pars interarticularis).
- Radiculopathie
- Symptômes liés à l’irritation ou la compression d’une racine nerveuse (douleur irradiée, fourmillements, faiblesse).
- Sténose
- Rétrécissement du canal ou du foramen réduisant l’espace pour les nerfs.
- Décompression
- Chirurgie visant à libérer des nerfs comprimés (par exemple, en retirant des tissus qui rétrécissent le canal).
- Arthrodèse (fusion)
- Chirurgie qui solidarise des vertèbres pour stabiliser et supprimer un mouvement douloureux ou instable.
- Pseudarthrose
- Absence de consolidation osseuse après une arthrodèse, pouvant entraîner douleur ou échec mécanique.
- Claudication neurogène
- Douleur ou lourdeur des jambes à la marche liée à une compression nerveuse, améliorée en position assise.
Avertissement d’éducation à la santé : ce contenu est informatif et ne remplace pas une évaluation médicale individuelle. En cas de symptômes neurologiques, d’aggravation progressive ou de signes d’alerte, consultez des professionnels de santé ou rendez-vous aux urgences.
Références et recommandations cliniques
- North American Spine Society (NASS).
Diagnosis and Treatment of Degenerative Lumbar Spondylolisthesis. Recommandation clinique (PDF).
Année : 2014. Lien vers le document
- North American Spine Society (NASS).
Degenerative Lumbar Spondylolisthesis Appropriate Use Criteria. PDF.
Année : 2021.Lien vers le document
- Austevoll IM, et al.
Decompression with or without Fusion in Degenerative Lumbar Spondylolisthesis.
New England Journal of Medicine.
Année : 2021.Lien vers l’article
- Gadjradj PS, et al.
Systematic review on routine fusion in degenerative spondylolisthesis.
EClinicalMedicine.
Année : 2022. Lien vers l’article